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Ecole Polytechnique promotions 1942-1943

Magazine La Jaune et la Rouge N°567 Septembre 2001 – Libres propos

Contribution à l’histoire de l’Ecole polytechnique pendant l’occupation. Les promotions 1942-1943 A, B et C

Les deux promotions reçues aux concours de 1942 et 1943 ont eu un sort très marqué par les circonstances de l’époque, du fait notamment des obligations nées du service dans les Chantiers de la jeunesse et ultérieurement de l’instauration du Service du travail obligatoire (STO).
En définitive, l’âge des élèves a joué un rôle essentiel dans le sort qui leur a été fait, et c’est ce qui a conduit à répartir en trois fractions (A, B et C) l’ensemble des promotions 1942 et 1943, à partir de l’automne 1943.

Bien que l’histoire de ces promotions ait été évoquée, notamment dans le roman de Philippe Saint-Gil (Gillet) publié en feuilleton dans plusieurs numéros successifs de La Jaune et la Rouge (qui suscita quelques lettres, dont celle de François du Castel), et (brièvement) dans l’exposition  » Des polytechniciens dans la Résistance « , il ne semble pas qu’elle ait donné lieu jusqu’à ce jour à une présentation d’ensemble autre que celle qui figure dans l’ouvrage de J.-P. Callot (Histoire et prospective de l’École polytechnique, réédition en 1993 par Lavauzelle, avec mise à jour, de son Histoire de l’École polytechnique parue en 1958 chez Stock) ; une partie du chapitre  » Le morne exil de Lyon  » lui est consacrée. L’article de Vincent Guigueno paru en 1998 dans la revue Vingtième Siècle s’arrête à la promotion 1941 et ne concerne que l’aspect particulier des élèves  » bis « . Quant aux Mémoires de Jean-Jacques Servan-Schreiber, ils comportent pas mal d’erreurs.

Reçu au concours de 1945 que j’avais préparé au lycée Jacques Decour (Paris) à mon retour, en novembre 1944, du 11e BCA (Front des Alpes) où j’avais été affecté après un séjour de huit mois au maquis du Grésivaudan (AS, Compagnie Bernard), j’ai été reclassé dans la promotion 43 C et j’ai donc fait la rentrée de 1945 avec cette promotion, alors que les 42-43 A et B commençaient leur deuxième année.

Dans ces conditions, la présente note a pour objet de tenter, modestement, de contribuer à combler quelques lacunes dans l’histoire de ces promotions de l’époque de l’occupation, grâce notamment aux archives de l’École que j’ai pu consulter1.

Bref rappel du contexte

  • Été 1940 : suppression du statut militaire de l’École et rattachement au secrétariat d’État aux Communications (dirigé successivement par d’anciens X : Jean Berthelot [1932], Robert Gibrat [1922], Jean Bichelonne [1923]). Direction de l’École par un gouverneur (poste cependant occupé, jusqu’à la nomination en 1943 de René Claudon, par des généraux, Calvel puis Durand).
    Déménagement de l’École à Lyon ; rentrée de novembre 1940 (promotions 39 et 40 formant la 2e division et promotion 38 formant la 1re division).
  • Remplacement du service militaire par les Chantiers de la jeunesse pour les jeunes hommes de la zone non occupée.
  • Novembre 1942 : débarquement allié en Afrique du Nord et occupation de la zone sud.
  • Création en février 1943 du Service du travail obligatoire (STO).
  • Avril 1943 : retour de l’École à Paris.
  • Sur le plan intérieur, l’influence de l’idéologie vichyssoise s’était rapidement traduite dans la vie quotidienne de l’École, qui s’imprégna de l’esprit de la Révolution nationale, et notamment dans l’importance considérable accordée à l’éducation physique et à des travaux manuels très élémentaires.
    Mais cela devait aller beaucoup plus loin, comme en témoigne Abel Thomas (promotion 1941) qui relate un discours tenu par le commandement de l’École devant sa promotion en décembre 1942, ce discours comparait la catastrophe que représenterait la victoire de l’URSS ou celle des Anglo-Saxons à la seule perspective satisfaisante (à laquelle la France se devait de contribuer) : celle de la victoire de l’Allemagne…

Les concours de 1942 et 1943

Les 258 nouveaux polytechniciens reçus en 1942 (dont 5 provenant du concours passé à Alger et 5 du concours passé à Casablanca) furent tous astreints à incorporation dans les Chantiers de la jeunesse, y compris ceux qui résidaient en zone occupée (et qui normalement n’étaient pas astreints à cette obligation) ; cette décision avait été prise spécialement par le haut- commissaire des Chantiers, le général de La Porte du Theil (X 1903) pour mettre tous les jeunes polytechniciens dans la même situation.

La promotion 1943 compta 260 élèves (dont 7 provenant du concours passé à Alger). Réunie à la promotion 1942, l’ensemble fut, à la rentrée de 1943, divisée en trois fractions.

Le STO

La parution de la loi instituant le Service du travail obligatoire avait donné lieu, avant même le concours de 1943, à diverses négociations concernant le sort futur des candidats admis, de même que celui de leurs anciens, qui accomplissaient pour le moment leur temps aux Chantiers de la jeunesse.

En ce qui concerne ces derniers, il semble que le nouveau gouverneur, René Claudon, se fondant sur des assurances verbales, ait pu penser que  » leur présence aux Chantiers constituait une protection contre toute autre affectation  » (selon une note qu’il rédigea le 4 septembre 1944, donc postérieurement aux faits). Une lettre du 4 juin 1943 adressée au correspondant de l’École à Lyon disait même que  » les élèves de la promotion 1942, même ceux qui sont nés en 1922, ne partiront pas pour l’Allemagne ; leur rentrée s’effectuera normalement en octobre 1943.  »

La réalité devait démentir ces espérances.

Les élèves nés en 1922, au nombre de 133, furent en fait envoyés en Allemagne2, soit à partir des Chantiers (promotion 1942) soit à partir de Paris (promotion 1943). Cette fraction fut appelée ultérieurement la 42-43 C.

Tout ce qu’il fut possible d’obtenir pour eux, après l’abandon des espoirs qu’on avait cru fondés, se borna à les maintenir groupés et à les faire affecter à des bureaux d’étude de l’industrie aéronautique allemande, en qualité de dessinateurs, dans quatre sites différents (Aschersleben, Halberstadt, Schönebeck et Leopoldshalle).

Les élèves nés en 1921, au nombre de 178, (constituant ce qu’on appela ensuite la 42-43 A), furent soumis ultérieurement aux obligations du STO, comme les jeunes de leur classe d’âge. Mais les dispositions concernant cette classe d’âge, négociées par Jean Bichelonne, leur évitèrent le départ en Allemagne. Ils furent affectés en France, et pour un certain nombre d’entre eux, dans des conditions plutôt satisfaisantes.

Les 207 élèves nés en 1923, (constituant ce qu’on appela la 42-43 B), furent donc les seuls à être présents à l’École, à Paris, durant l’année scolaire 1943-1944.

Il faut souligner que cette subdivision en A, B et C remplaça en pratique pour les élèves l’appartenance traditionnelle en promotions d’une même année d’entrée à l’École : elle est d’ailleurs mentionnée dans l’annuaire.

Participation à la Libération

Le débarquement du 6 juin 1944 eut comme conséquence secondaire la suppression du concours de 1944 (il fut reporté et eut lieu en janvier 1945).

La libération de Paris intervint alors que les élèves (42-43 B), qui avaient terminé leurs examens généraux de première année le 14 août, étaient en vacances… Plusieurs rejoignirent les Forces françaises de l’intérieur (FFI), tandis que d’autres s’engagèrent dans la 2e DB de Leclerc ou dans la Ire armée de De Lattre de Tassigny.

Il en fut de même pour une partie des élèves de 42-43 A, libérés du STO en France, mais qui, nous le rappelons, n’avaient pas encore commencé leurs études.

Les uns et les autres furent rappelés par l’École, qui avait retrouvé son statut militaire, à l’automne 1944, pour continuer (B) ou commencer (A) leurs études. Mais leur cas devait être examiné par une  » commission d’enquête sur les éventuelles participations des écoles de Saint-Cyr et de Polytechnique à des opérations en faveur des armées et des services d’occupation, ou de complicités d’actions présentant le caractère de crimes de guerre « , dont la création avait été décidée par le général de Gaulle (arrêté du 26 octobre 1944). Cette commission était composée du général Brocard assisté du lieutenant Bataille (pour Saint-Cyr) et du général Brisac assisté du lieutenant Abel Thomas (pour Polytechnique).

Paris XIIIe arrondissement, la caserne Lourcine après la guerre.
Paris XIIIe arrondissement, la caserne Lourcine après la guerre   © COLLECTION VIOLLET

Il se produisit pour les 42-43 B un malentendu, assez bizarrement symétrique de ce qui s’était passé pour le départ en Allemagne des 42-43 C : des notes officielles d’octobre 1944 laissaient entendre que l’ensemble de ces élèves ayant déjà effectué une année d’études  » ne rentreront pas en seconde année et seront dirigés sur le centre d’instruction de Cherchell « .

Mais cette affectation fut en fait subordonnée à l’examen par la commission d’enquête de  » leur situation du point de vue de la Résistance « . Celle-ci, qui siégea à Paris du 3 au 10 novembre, puis à Marseille du 14 au 21 novembre, reçut individuellement les élèves, examina les titres de résistance que certains purent produire (concernant leur activité après le 15 août 1944, semble-t-il…), et le 29 novembre fit connaître sa décision : 53 furent admis à l’École d’aspirants de Cherchell, contre 99 qui ne le furent pas et qui, dans un premier temps, furent maintenus dans leurs corps (s’ils s’étaient engagés) ou  » renvoyés dans leurs foyers « , conservant cependant la possibilité de s’engager dans les troupes stationnées en Afrique du Nord ou dans les divisions coloniales d’Extrême-Orient, (ce qui excluait la 2e DB et la Ire armée…).

Cette dernière exclusion fut cependant annulée peu après et ces élèves furent invités à souscrire un engagement et participèrent aux combats en Allemagne, après une formation rapide dans les centres d’instruction de la Ire armée.

Le cas des 42-43 A (qui avaient fait leur rentrée à l’École à l’automne 1944) fut examiné par la même commission en janvier 1945, selon les mêmes principes de base, mais sa décision se traduisit uniquement par un retard d’avancement de six mois d’une partie des élèves par rapport à l’autre. De plus, les élèves de la fraction  » pénalisée  » ne devaient être nommés sous-lieutenants qu’à leur sortie de l’École (août 1946).

Cependant une note (consacrée aux 42-43 C), non datée, mais vraisemblablement rédigée fin 1945 ou début 1946, fait allusion à un projet en cours d’examen au cabinet du Ministre, tendant à nommer effectivement les élèves de la fraction pénalisée des A au grade d’aspirant à la date où ils devaient théoriquement être nommés sous-lieutenants (soit le 1er avril 1945 pour la promotion 1942 et le 1er avril 1946 pour la promotion 1943).

L’après-Libération

L’ensemble des 42-43 A et 42-43 B devait donc entrer à l’École à l’automne 1945, pour accomplir leur seconde année d’études.

Le retour en 1945 d’Allemagne des 42-43 C leur permit d’entrer à l’École à la même date, pour leur première année d’études. Mais leur situation posa un problème : leur sort avait déjà été évoqué dès mai 1945, avant même qu’à leur retour d’Allemagne ils aient été détachés provisoirement au ministère de l’Air ; la direction du Génie proposait alors de les envoyer en août dans les centres d’instruction de l’Artillerie et du Génie de la 1re armée pour y recevoir une formation militaire de base, avant leur entrée à l’École en octobre, et même de les nommer aspirants avec prise de rang du 15 avril 1944.

Ces propositions de nomination ne furent pas approuvées par l’état-major de l’armée, qui entendait faire  » soumettre le cas de chacun des intéressés à la commission d’enquête pour les écoles militaires, en prenant pour les polytechniciens déportés3 les mêmes mesures que celles déjà prises à l’égard des saint-cyriens dans la même situation.  »

Saisi d’une demande de précisions de la direction du Génie sur les conditions d’envoi des élèves en Allemagne, le général Decharme, commandant l’École, rappela le 7 juillet 1945 la promesse non tenue du ministre des Communications de 1943 de laisser ces élèves en France, souligna qu’aucun n’était parti volontairement, que tous avaient été constamment trompés sur leur sort, qu’ils s’étaient très bien conduits en Allemagne (comme en faisaient foi plusieurs témoignages de déportés politiques) et conclut qu’il était inutile de les faire passer individuellement devant une commission d’enquête.

Ces arguments et cette conclusion furent repris par la direction du Génie, qui proposa de soumettre dans leur ensemble la situation militaire des élèves, en vue d’une décision générale à leur égard, qui concernerait essentiellement leur grade et leur ancienneté : il était proposé de les nommer aspirants d’active, puis en 1947, date de leur sortie, sous-lieutenants, pour prendre rang du 1er octobre 1944 (promotion 1942) ou du 1er octobre 1945 (promotion 1943).

Les élèves avaient donc fait leur rentrée en octobre 1945 après avoir été provisoirement affectés au ministère de l’Air, pour traduire de l’allemand divers documents et avoir effectué ensuite un stage militaire de six semaines à Saint-Goar pour le Génie et Idar-Oberstein pour l’Artillerie au terme duquel ils furent nommés sous-officiers. À la fin de 1945 ils furent invités à rédiger chacun un compte rendu de leur séjour au STO, en exécution d’instructions du 22 décembre.

Transmettant le 17 janvier 1946 ces dossiers à la direction du Génie, le général Brisac, qui avait succédé au général Decharme au commandement de l’École, ajouta ses propres commentaires.  » De la lecture de ces dossiers se dégage l’impression d’impuissance découragée de ces jeunes gens devant la conjuration des événements et des hommes.  »

Il souligna qu’aucun d’eux n’était parti volontairement, et évoqua  » l’habile chantage exercé par certains cadres de l’École « , donnant comme raisons de partir en Allemagne le fait de ne pas laisser à la classe ouvrière seule le poids du STO, le souci d’éviter des représailles contre l’École ou les familles, la possibilité de maintenir à l’École la promotion 1942 et d’y faire entrer les plus jeunes de la promotion 1942.

Le général Brisac rappela également l’attitude digne et souvent courageuse de tous les élèves en Allemagne et en particulier celle de Robert Deneri qui paya cette attitude de cinq mois de prison et de neuf mois de camp de concentration à Flossenburg. À ce sujet, les élèves, tout en réclamant un sort commun, demandèrent cependant un traitement privilégié pour Deneri.

Conclusion

Ce qui précède concerne la très grande majorité des élèves de promotions 42-43 A, B et C. Mais il y eut naturellement des exceptions individuelles, comparables à celles de la promotion 19414.

Certains d’entre eux gagnèrent des maquis ou réseaux, d’autres l’Afrique du Nord par l’Espagne.

Le retour à Paris de l’École rendait cependant difficiles, voire impossibles, de tels départs. Il y eut en 1943-1944 formation, à l’intérieur de l’École, d’un petit groupe clandestin de résistance, en liaison avec l’Organisation civile et militaire (OCM), mais son activité fut très réduite.

À la libération de Paris, il y eut des engagements d’élèves des promotions 42-43 A et B dans les Forces françaises de l’intérieur, ainsi que dans la Ire armée et la 2e DB.

Une quinzaine d’élèves de la promotion 42-43 C a réussi à échapper au départ en Allemagne. Évoquant leur cas dans la note déjà citée, le général Brisac attribua cette situation au fait qu’ils étaient  » plus énergiques, ou plus favorisés par les relations, les conseils ou la chance « , ajoutant qu’en ce qui concerne les autres,  » il n’en est pas moins vrai qu’on se trouve en présence d’une collectivité de jeunes gens égarés par la confiance trop naturelle qu’ils ont accordée à leurs chefs.  »

On ne saurait mieux dire, et on conclura sur cette appréciation, qui semble valoir pour la totalité de la période sombre de l’occupation.

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1. J’ai demandé aux caissiers des promotions 42-43 A, B et C leur avis sur cette note ; plusieurs m’ont précisé certains faits et rectifié quelques erreurs, ce dont je les remercie ; tous m’ont donné leur accord, sauf l’un d’eux, peu favorable à une publication et préconisant un simple dépôt aux archives. Il m’a cependant paru possible de ne pas prendre en compte cette restriction et de procéder à cette publication, en présentant mes excuses pour les erreurs éventuelles qui subsisteraient.
2. Exception faite d’une quinzaine d’entre eux.
3. La terminologie de l’époque appelait les astreints au STO des déportés du travail.
4. Plusieurs groupes d’élèves avaient quitté clandestinement l’École fin 1942 et début 1943 pour gagner l’Espagne, puis l’Afrique du Nord et s’y engager dans diverses formations militaires et prendre leur part aux combats qui ont conduit à la libération de la France.

Commentaires

X42, Georges Édouard Delannoy né en 05.1922, m’a confié qu’à la libération de son camp par les Américains en mai 45, il lui fut proposé de continuer la guerre avec eux en tant qu’officier de renseignement. Parlant couramment l’allemand, il fut incorporé, avec une poignée de ses camarades X, dans une unité américaine de renseignements et participa à de nombreux contre-interrogatoires de responsables nazis pour leur faire avouer des informations importantes pour la bonne continuation de la progression des troupes alliées. Peu avant la date de sa rentrée à l’École Polytechnique (il était admissible depuis 1939 …), il demanda à l’officier américain en responsabilité de ses activités de pouvoir rentrer à Paris avec ses camarades X. Cette requête fut acceptée, mais le gradé américain leur signifia qu’il ne pouvait leur fournir de moyen de transport pour leur rapatriement.

Georges Édouard Delannoy lui précisa qu’il en faisait son affaire et lui demanda de lui fournir une arme pour assurer sa sécurité et celle de ses compagnons. L’officier ne pouvant obtenir cette dernière pour des recrues étrangères, lui offrit chevaleresquement la sienne. S’ensuivit alors un long chemin d’errance vers la France dont la ligne droite fut systématiquement bannie. Après de nombreux jours de route dans une Allemagne en guerre, il trouvèrent dans une gare allemande un train sanitaire spécial qui partait pour l’italie afin d’y rapatrier des militaires italiens. Georges Delannoy s’adressa à l’officier italien le plus gradé pour lui demander l’autorisation d’embarquer avec ses camarades. L’officier italien lui dit tout net que cela était impossible et que le wagon dans lequels il se tenait était réservé aux seuls officiers italiens. Georges Delannoy sorti alors son révolver et tira une balle dans le toit du wagon, ce qui eut pour effet que l’Italien lui assura que « dans ces conditions », ils étaient bien obligés de les accepter parmi eux et de les « inviter » à partager le modeste confort de cette voiture du train. les X descendirent lors de l’arrêt en gare de Lyon et regagnèrent alors Paris rapidement. Georges Lionel Delannoy scriptsit.

P.S. Georges Edouard Delannoy m’a confirmé que son départ en Allemagne était en partie dû à une politique pro allemande de certains dirigeants de l’École Polytechnique, mais qu’il ne voudrait jamais rien dire à ce sujet, ni rien entreprendre de son vivant pour ne pas porter le moindre tort à la réputation son Ecole et/ou à un X. Georges Edouard Delannoy est décédé à Paris le 19.09.2011.

Les 1 099 morts de Courrières

  Répondre en citant
La catastrophe de Courrières est la plus importante catastrophe minière d’Europe.
Elle a lieu entre Courrières et Lens, le samedi 10 mars 1906 et a fait officiellement
1 099 morts. Elle tire son nom de la Compagnie des mines de Courrières qui
exploite alors le gisement de charbon du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais.
La Compagnie fournit alors 7 % de la production nationale de charbon.Un coup de grisou suivi d’un coup de poussier dévaste 110 kilomètres de galeries
dans les fosses nos 2 à Billy-Montigny, 3 à Méricourt et 4 – 11 à Sallaumines.
Le choc a été si fort que les cages ne peuvent plus circuler dans le puits
de la fosse no 3 et que des débris et des chevaux ont été projetés
à une hauteur de dix mètres sur le carreau de la fosse.
Trois jours après l’explosion, les recherches pour retrouver les survivants
sont abandonnées et une partie de la mine est condamnée, pour étouffer
l’incendie et préserver le gisement.

Cette gestion de la crise par la compagnie minière a été particulièrement
mal vécue par les mineurs et par leurs familles. Le 30 mars, soit vingt jours
après l’explosion, treize rescapés réussissent à retrouver le puits
par leurs propres moyens après avoir erré dans le noir total sur des kilomètres,
un quatorzième fut retrouvé quatre jours plus tard.

La catastrophe provoque une crise politique et un mouvement social
qui débouchent sur l’instauration du repos hebdomadaire.

Les plus anciennes fosses de la Compagnie des mines de Courrières, ouvertes sous le Second Empire, présentent d’importantes veines de charbon gras, et l’essentiel du travail d’abattage s’effectue à un niveau compris entre 326 et 340 mètres.
À 6 h 34, le samedi 10 mars 1906, un « coup de poussière » d’une rare violence ravage en quelques secondes 110 kilomètres de galeries communes aux trois fosses et situées sur les territoires de Billy-Montigny (fosse no 2 dite Auguste Lavaurs), Méricourt (fosse no 3 dite Lavaleresse ou Charles Boca) et Sallaumines (fosse n° 4 – 11 dite Sainte-Barbe ou Charles Derome). La fosse no 10 de Billy-Montigny, située moins d’un kilomètre au sud-est de la fosse no 2 ne fut pas affectée par la catastrophe. Tout était en état de marche dans ce puits. Lorsque la catastrophe eut lieu, le puits no 15 était en cours de fonçage à côté du puits no 3 depuis 1905. Il n’était donc pas utilisable. Le puits no 20 ne sera adjoint au puits no 10 que quelques années plus tard .
Avant 1891, les puits fonctionnaient indépendamment, les galeries au fond ne communiquaient pas avec celles des autres sièges dans le bassin minier, à de rares exceptions près. Cela changea lorsque les galeries d’une des fosses de la Compagnie des mines de Bruay furent inondées. Dès lors, l’administration autorisa le creusement de bowettes entre plusieurs sièges d’extraction car en cas d’inondation, les secours sont facilités et les eaux, étalées sur une plus grande surface, sont évacuées plus rapidement et font moins de dégâts.
Au sein de la Compagnie des mines de Courrières, chaque fosse est indépendante, les chantiers du fond sont reliés et les puits fonctionnent en réseau. La première fosse ouverte par la compagnie est la fosse no 1 sur le territoire de Courrières. Elle entre en exploitation en 1851 mais n’étant pas rentable, l’extraction y cesse en 1888. Ce puits sera rebouché après la Première Guerre mondiale. Les puits des fosses no 2 à Billy-Montigny, no 3 de Méricourt et no 4 de Sallaumines commencent à extraire respectivement en 1856, 1860 et 1867. Le fonçage du puits no 10 a débuté en 1896 et l’exploitation commence en 1900. Initialement autonomes, ces fosses étaient reliées par des galeries au moment de la catastrophe. Cinq puits répartis sur quatre fosses (n° 2, 3, 4/11 et 10) sont connectés entre eux pour l’aérage. Les puits no 10 et 11 sont des entrées d’air, les puits no 2 et 4 sont des sorties d’air. Quant au puits no 3, il assure les deux fonctions : deux cloisons divisent le puits en trois compartiments. Le compartiment central est le plus grand, il permet la circulation des cages et l’entrée de l’air. Sur les côtés, il existe deux compartiments de plus petite taille. Le premier goyot sert à la sortie de l’air, quant au second, il est équipé d’échelles qui permettent au personnel de pouvoir remonter en cas de panne des cages. Le choc de l’explosion ayant endommagé les cloisons, la circulation de l’air ne fonctionnait plus. Une autre caractéristique de ce système est que l’air entrant dans le puits est envoyé dans trois zones : vers les puits no 2 et 4 et vers un quartier d’extraction au sud du puits no 3. C’est l’air qui est envoyé dans ce quartier qui remonte par le goyot du puits no 3.

Contrairement à ce que l’on a longtemps pensé, l’incendie qui s’était déclenché les jours précédents n’en serait pas directement la cause bien qu’il ait largement contribué à dégrader les conditions de travail au fond (gaz toxiques) et donc à augmenter la mortalité. En effet, le 7 mars, un feu avait été découvert dans l’une des veines de la fosse de Méricourt. Il s’agit de la veine Cécile, à la profondeur de 326 mètres, l’exploitation y est terminée. Il fut découvert à 22 heures par un ouvrier qui ramenait son cheval à l’écurie. Le feu était situé dans un vieux tas de bois. Cet incendie serait dû à la lampe d’un mineur qui travaillait dans ce secteur. Les ingénieurs et les chefs (les porions) décident d’édifier des barrages pour l’étouffer. Dans la nuit du 6 au 7 mars, un barrage, une estoupée longue de trois mètres est édifié. Elle est faite de terres et de cailloux. Afin d’étouffer le feu, l’ingénieur de la fosse Barrault fait établir un autre barrage à la bifurcation de la veine Cécile avec la bowette de l’étage 280. D’autres barrages furent encore édifiés afin d’étouffer encore plus vite l’incendie en coupant les arrivées d’air et, donc, d’oxygène. Ces travaux durèrent toutes les journées des 7, 8 et 9. La situation empirant, le 9 mars, la construction de plusieurs autres barrages consécutifs est décidée, le dernier est réalisé en maçonnerie, il fut achevé le soir.
Pierre Simon, plus connu sous le nom de Ricq, délégué-mineur depuis 1891, demande à ce que personne ne descende tant que le feu ne sera pas éteint. Poursuivre l’exploitation du charbon dans ces conditions est en effet trop dangereux. Mais son avis n’est pas suivi.
Le point de départ de cette catastrophe est l’explosion d’une poche de grisou dans le chantier Lecoeuvre. La présence de ce gaz avait été suspectée quelques jours plus tôt par des mineurs de fond mais la compagnie n’avait pas tenu compte de leurs avertissements. Le coup de grisou a ensuite soulevé la poussière de charbon, cette dernière, beaucoup plus explosive que le grisou, s’est mise en auto-combustion et la flamme a parcouru 110 kilomètres de galeries en moins de deux minutes. Le coup de grisou a donc été immédiatement suivi par un coup de poussier beaucoup plus dévastateur et meurtrier.
Le 10 mars, à six heures du matin, 1 664 mineurs et galibots (âgés de 14 à 15 ans), étaient déjà descendus dans les fosses 2, 3, 4 et 10 dont les zones de travail étaient situées à une profondeur variant entre 330 et 340 mètres. À 6 h 30, des employés aperçoivent une fumée noire sortant de la porte du moulinage de la fosse n°3. Quelques minutes plus tard, une déflagration ébranle le puits n° 4. La chaleur causée par l’explosion a transformé les galeries en une véritable fournaise, et la déflagration associée a tout balayé sur une distance de 110 kilomètres. Ensuite, les gaz méphitiques se sont répandus dans les galeries. La déflagration fut si forte que des débris et des chevaux furent projetés à une hauteur de dix mètres sur le carreau de la fosse n° 35.

Une violente secousse fut ressentie dans les quartiers avoisinant les trois charbonnages. Elle fut immédiatement suivie d’un bruit sourd. Selon d’autres témoignages, il s’agirait d’une violente détonation. Portes et fenêtres commencent à s’ouvrir. Les habitants s’interrogent et commencent à s’inquiéter. Ils ne savent en effet pas encore quelle fosse est touchée.
Le directeur de la Compagnie, Lavaurs, est immédiatement alerté. Son habitation est située à côté du carreau de fosse n° 22. Il s’y rend aussitôt, donne ses instructions et se rend immédiatement à la fosse n° 3. L’ingénieur Voisin et un homme d’about descendent prudemment dans le puits n° 2 qui est intact. À 306 mètres de profondeur, ils découvrent évanoui le chef-porion Lecerf qu’ils ramènent à la surface.
À la fosse n° 3, l’ingénieur principal Petitjean se trouve à une quarantaine de mètres du chevalement lorsqu’un nuage de poussières jaillit du puits dans un vacarme épouvantable et retombe sur les installations. Le souffle est si fort qu’un cheval est projeté en l’air, le chevalet a été soulevé et le moulinage a été ravagé
Abasourdi, Petitjean reprend ses esprits et court vers le puits. Il constate que la cloison du goyot est démolie. Par conséquent, l’aérage ne peut plus se faire correctement, et certains travaux au fond risquent de manquer d’air frais. Il est impossible de remonter la cage qui était au fond au moment de l’explosion étant donné que les parois du puits se sont rapprochées. Pire encore, plus personne ne peut descendre par les échelles car le puits est totalement bouché par un amas de ferraille. Le directeur de la Compagnie Lavaurs passe. Pour atteindre les chantiers de la fosse n° 3, il va falloir descendre par le puits de la fosse 4/11. En effet, désobstruer le puits demanderait trop de temps.
Vers huit heures, à la fosse n° 2, l’ingénieur et l’homme d’about tentent une nouvelle descente. Ils sont cette fois-ci accompagnés de Charles Casteyes, il s’agit d’un jeune galibot originaire de Montigny-en-Gohelle chargé de porter les médicaments. Juste avant la descente, l’ingénieur Voisin demande au mécanicien de ne pas faire descendre la cage au-delà de l’étage d’exploitation n° 258, soit 258 mètres de profondeur. L’air devient irrespirable passé cette profondeur. La cage descend dans le puits, passe au niveau de l’étage 258. Hélas, dans la panique, le mécanicien a oublié de stopper la machine. Lorsque la cage passe devant un étage, l’homme d’about en bondit et alerte les personnels au jour. Le mécanicien, ayant compris son erreur, fait machine arrière, la cage remonte. L’ingénieur Voisin et Charles Casteyes sont évanouis. Le bras du galibot, la tête de l’ingénieur ainsi que son pied dépassent de la cage. Or, tout ce qui en dépasse risque d’être sectionné ou broyé. Soudain, une secousse survient dans le puits, la tête de l’ingénieur revient dans la cage. Finalement, Voisin a eu le pied cassé et Charles Casteyes a eu le bras broyé. Par la suite, les gaz envahissent le puits n° 2. Toute opération de sauvetage devient impossible

Au puits n° 4, la cage a été projetée à une dizaine de mètres de hauteur. Elle est retombée de travers par conséquent, elle est inutilisable en l’état, il va falloir la dégager des décombres. Ici, la violence du choc a fait voler en éclats tous les carreaux du bâtiment central. Georges Engelaêre, d’Avion réparait au moment de la catastrophe l’armature métallique du chevalet. Il a été projeté sur l’escalier menant au moulinage. Il y gît, son crane est fracturé. Des mineurs le transportent dans une pièce près du logement du concierge car il est encore en vie. L’ingénieur en chef Bar arrive à la fosse 4/11 peu après l’explosion. il constate que la cage du fond est bloquée à 383 mètres de profondeur. Il descend immédiatement par les échelles du goyot sans prendre le temps d’enfiler ses habits de fosse. Il descend, accompagné de l’ingénieur principal de la fosse Domézon, son adjoint l’ingénieur Bousquet, le délégué mineur Dacheville, l’ancien chef-porion Lecomte et le chef-porion Douchy. Une fois au-dessus de la cage, ils la libèrent. À ce moment, apparaissent à l’orifice du puits n° 11 trois mineurs : Joseph Mary, Louis Lévêque et Louis Martin. Quelques minutes après, c’est le porion-contrôleur Payen qui sort.
À neuf heures, quand la fumée fut enfin dissipée dans le puits n° 3, un porion et un ingénieur descendirent par les échelles du goyot. Ils furent malheureusement bloqués à 70 mètres de profondeur car les échelles étaient tombées.
À la fosse n° 4/11, la cage fut rapidement dégagée des décombres. Les sauveteurs ont pu descendre par les échelles et ils trouvèrent des rescapés à 331 mètres de profondeur. À la fosse n° 2, les cages pouvaient fonctionner comme d’ordinaire. Dans le puits, rien ne laissait croire à une catastrophe. Les bowettes entre la fosse n° 2 et la fosse n° 3 étaient coupées. Certains ouvriers de la fosse n° 3 ont malgré tout pu s’enfuir et remonter à la surface en passant par le puits n° 2.Pendant ce temps, à la fosse n° 10, la cage fonctionne comme d’habitude, les mineurs de la fosse sont remontés. À ce groupe s’ajoutent des mineurs de la fosse n°2

Dans les corons, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre : une catastrophe a touché les fosses. Aussitôt, les épouses, les mères, les grands-parents et les enfants se précipitent vers les puits sinistrés. Devant les installations de surface, les grilles sont fermées. Devant l’afflux de personnes, des gendarmes sont appelés en renfort. Tous attendent des nouvelles, des femmes sont même atteintes de crises nerveuses. Certaines ont encore plusieurs membres de leur famille dans les galeries.
Les avenues de fosses et les rues des cités sont envahies par des milliers de personnes. Tous sont à la recherche de parents ou d’amis. Des nouvelles partielles parviennent à la préfecture d’Arras et au journal le Réveil du Nord. La préfecture apprend qu’une importante catastrophe aurait touché la fosse 4/11 de Sallaumines, au journal, une épouvantable catastrophe aurait eu lieu à Billy-Montigny. La réalité apparaît bien vite : un coup de grisou a touché les fosses n° 2, 3 et 4/11 des mines de Courrières. 1 800 mineurs y étaient descendus au matin.
Dès l’annonce de la catastrophe, Monsieur Tournay, maire de Billy-Montigny, accourt à la fosse n°2. La foule est maintenue à distance par les gendarmes locaux aidés par quelques agents d’Hénin-Liétard. Les docteurs Minet et Boulogne amputent sur place le galibot Charles Casteye. Ce dernier est ensuite emmené à l’hôpital. Pour réanimer les asphyxiés, des médecins des compagnies voisines arrivent. D’autres médecins arrivent même de Lille, les docteurs Colle et Albert Debeyre, ainsi que des médecins militaires, des internes et des externes de l’hôpital Saint-Sauveur. 400 personnes environ travaillent à la fosse n° 2. Pour l’instant, seulement une dizaine de blessés a été remontée. Parmi eux, on compte le porion Fossez, Louis Briou père et fils, Émile Bouillez père et fils, l’ingénieur Peger et le chef-porion Lecerf. Une question commence à se poser : que sont devenus les autres mineurs ? On sait déjà que 200 mineurs voire plus seraient remontés par le puits n° 10. Il devrait alors en rester autant au fond. Il est toutefois encore impossible de descendre étant donné que les gaz ne se sont pas suffisamment dissipés.
Simon, plus connu sous le nom de Ricq est délégué mineur à la fosse n°3. Il était chez lui à Méricourt-Village lorsqu’il entendit le bruit sourd de la déflagration. Il ne doute pas un instant. Un accident a eu lieu à cause du feu qui couvait dans la veine Cécile. Il enfile ses habits de fosse et accourt au carreau de fosse. Un ventilateur se remet à fonctionner. Le mauvais air est expulsé. Pour descendre, on attacha un cuffat (grand tonneau) à la place de la cage du puits de la fosse n° 3 : quatre hommes s’y installèrent et on les descendit. La descente s’arrêta à 50 mètres de profondeur étant donné que le puits était envahi de débris. Ces débris furent évacués pendant toute la journée afin de libérer le passage. Quatorze hommes seulement sont remontés. Il en reste 459 au fond. À la fosse n°4, le docteur Lecat constate le décès de Georges Engelaere, le mineur qui réparait le chevalet au moment de la déflagration. Il s’agit de la première victime officielle.

Sur le carreau de la fosse n°3, le directeur de la Compagnie Lavaurs s’entretient avec le directeur des mines de Lens Reumaux, le directeur des mines de Dourges Robiaud, le directeur des mines de Meurchin Tacquet (qui avait été ingénieur à la fosse n° 3) ainsi que des ingénieurs des compagnies voisines. Sur le site, on peut apercevoir des médecins ainsi qu’une cinquantaine de gendarmes. Bar et Lecomte sortent du puits et vont voir le directeur Lavaurs. Ce qu’ils ont vu ressemble à un champ de bataille de 1870. Toutes les bowettes sont effondrées à 20 mètres de l’accrochage.
Un grand nombre d’ambulances, des voitures tirées par des chevaux arrivent sur les carreaux des fosses n°2, 3 et 4/11. Elles sont chargées de ballons d’oxygène, de gouttières, de médicaments, de matelas et de paquets d’ouate. Des salles ont été transformées en infirmeries, des baquets ont été remplis d’acide picrique. Des boissons chaudes ont été préparées par des femmes. L’explosion a eu lieu il y a trois heures. Seuls quelques hommes sont remontés. La foule prend peu à peu conscience de l’ampleur de la catastrophe à la vue de l’organisation des secours.
Les efforts ont été concentrés au puits n°4. Dirigé par l’ingénieur Dinoire, le mécanicien d’extraction parvient à rétablir le libre jeu de la cage. Vers 10 heures commence à courir un bruit. Le porion-contrôleur Payen aurait réussi à ramener à l’étage d’exploitation 300 une cinquantaine de mineurs qui travaillaient dans un quartier du n° 112. Parmi la foule aux abords de la fosse de Sallaumines, l’espoir de chaque personne est de retrouver un être cher. La cage remonte au jour. En trois voyages, 44 mineurs sont sauvés. Dans le lot, un des mineurs est gravement brûlé. Ses vêtements sont en lambeaux et son corps est presque nu. Il est immédiatement transporté à l’infirmerie où son corps est enveloppé de bandes de gaze jaunies d’acide picrique. La foule commence à s’agiter, les personnes présentes veulent à tout prix savoir qui sont les mineurs remontés. Au loin, tous les mineurs se ressemblent. Lorsqu’ils sortent du carreau de la fosse, ils sont tout de suite emmenés par les membres de leur famille chez eux.
C’est vers 10 h 30 qu’arrivent d’Arras le préfet du Pas-de-Calais Duréault, l’ingénieur en chef du contrôle des mines Léon. Viennent ensuite des membres du parquet de Béthune. Le préfet interroge le chef-porion Douchy qui venait juste de remonter. Ce dernier vient de voir une douzaine de cadavres près de la recette (près du puits). À une vingtaine de mètres, les galeries sont éboulées, les bois tombés et les portes arrachées. Des coups sur des tuyaux ont été entendus par un autre sauveteur. Il reste donc des survivants dans les galeries. Hélas, en l’état actuel des choses, il est impossible d’aller les sauver : les sauveteurs s’évanouissent à cause des gaz qui envahissent les galeries, et la cage ne peut plus descendre en dessous de 300 mètres de profondeur car ses guides tordus la bloquent.
Sous la direction de l’ingénieur en chef Léon, les ingénieurs de l’État prennent en main les opérations de sauvetage conformément au règlement. Il reste à la fosse n°4/11 et envoie Leprince-Ringuet à la fosse n°3 et Heurteau au 10. Il est impossible de coordonner le sauvetage car la plupart des ingénieurs sont déjà occupés dans leurs puits respectifs et les galeries pour tenter de sauver les survivants.
Par la suite, la fosse n°10 devient le centre des secours étant donné que l’on peut accéder par les galeries aux puits n°2 et 3. C’est également dans cette fosse que l’équipe médicale venue de Lille opère. Les premiers cadavres commencent à être remontés. Deux cadavres couverts d’un linceul gisent sur deux lits de camps dans le bureau du chef de carreau. Les galeries accessibles sont sillonnées par des équipes de secours. Le maire de Billy-Montigny est interrogé alors qu’il allait rentrer chez lui. Il prévoit la mort de 1 200 mineurs et reste étonné qu’un coup de grisou ait ravagé trois fosses.

Pour accéder aux différents étages d’extraction de la fosse n°3, il faut tout d’abord déboucher le puits. Ingénieurs, mineurs et porions s’occupent à retirer le fatras de ferrailles tordues et de planches cassées. Certains scient les fers, d’autres cassent à la hache les planches. Le tout est remonté par le cuffat. Le déblaiement effectué, l’opération recommence quelques mètres en dessous. Vers 15 heures, la profondeur atteinte est de 55 mètres. En fin de journée, les mineurs ont atteint 170 mètres. Impossible d’aller plus loin, les débris forment un amas inextricable. Diverses solutions sont proposées. Le directeur des mines de Lens propose d’utiliser de la dynamite. D’autres proposent de laisser tomber un bloc de fonte dans le puits pour y précipiter au fond les débris. Petitjean n’est pas pour l’utilisation de la dynamite. Quant à Bar, il craint que le bloc dévie de sa chute et aille cogner contre les parois du cuvelage et que ces dernières ne cèdent. Ces nouveaux éboulements risqueraient de réduire la section d’aérage. De plus, il faudrait encore pouvoir avertir les éventuels rescapés de s’éloigner du puits au moment de la chute. L’ingénieur Léon décida de surseoir la décision. Toutefois, tout est prêt dans l’éventualité où un choix serait nécessaire.
À la fosse n°4/11, les ventilateurs marchent à fond. L’air devient plus respirable dans le puits, toutefois, il reste impossible pour la cage de descendre au-delà de 300 mètres. L’idéal serait de remplacer la cage par une plus petite mais cette opération prendrait plus d’une heure. Ce délai est trop long, des hommes meurent au fond. À cette heure, un bilan est dressé pour cette fosse : 852 descentes ont été enregistrées au matin. 47 hommes ont déjà été sauvés, et 125 mineurs furent miraculés. L’ingénieur avait fait remonter 125 personnes étant donné qu’ils n’avaient pas pu arriver à leurs tailles d’exploitation proches de l’incendie, quelques minutes avant la catastrophe. 680 mineurs manquent donc à l’appel. Des mineurs descendent sous la cage afin de scier les guides. Après une heure d’efforts, la cage peut passer. Un spectacle de désolation attend l’équipe de sauvetage lorsqu’elle atteint le dernier accrochage : des blessés souffrent atrocement au milieu des cadavres déchiquetés. Pendant que certains sauveteurs font remonter au jour les blessés, d’autres explorent les bowettes. Les galeries sont remplies de mauvais air, d’éboulements et de cadavres.
Certains sauveteurs commencent à se sentir asphyxiés. Près de l’accrochage, Dinoire et Lafitte tombent. Quatorze cadavres sont remontés sur le carreau. La foule est anxieuse. Des ambulances arrivent. Des blessés ont donc été remontés mais ils sont dans un sale état. Ils sont presque nus, leur peau se détache par lambeaux. L’un d’eux est même scalpé. Ils sont transportés à la lampisterie sur des civières. Ils sont pansés. Ils sont ensuite mis dans les ambulances. La grille s’ouvre, la foule arrête l’ambulance, des hommes montent à bord pour demander au blessé son nom. Ce nom est ensuite crié à la foule. On a ainsi Pierre Devos de Sallaumines, son bras droit est arraché. Viennent ensuite trois grands brûlés Eugène Choisy, cabaretier à Pont de Sallaumines, Gaspard Guilleman, de Méricourt-Village et Jean-Baptiste Lemal, de Méricourt-Corons. Certains blessés, aidés de leurs camarades, rentrent à pied dans leur coron. Les familles des mineurs veulent avoir des nouvelles des leurs.
Les sauveteurs se reposent un peu sur le carreau. Ils pensent avoir entendu des appels mais l’air demeure irrespirable au fond. Un journaliste demande s’il reste encore des blessés. Un sauveteur lui répond que c’est fini. Tous les survivants ont été remontés, il ne reste plus que des morts. L’ingénieur Dinoire confirme.
À 14 et 19 heures, les sauveteurs réussirent à entendre des appels provenant du fond du puits.
À 22 heures, une équipe d’ingénieurs des Mines de l’État arrive. Elle prend désormais en main la conduite des opérations de sauvetages. Estimant que les conditions minimales de sécurité n’étaient pas remplies, ils ordonnèrent l’arrêt immédiat d’une descente plus profonde avant que ne soit consolidé le puits n°3. Les sauveteurs étaient pourtant parvenus à 160 mètres de profondeur.
Le 11 mars, à 22 heures, la profondeur de 180 mètres est atteinte. On donna l’ordre de stopper définitivement les travaux de sauvetage. Un bilan du sauvetage des fosses n°2 et 4 est dressé : après deux jours et deux nuits d’efforts, on ramena 25 survivants et 43 cadavres. Quelques sauveteurs disparurent pendant ce sauvetage.Fin de la 1ère partie

Dans la journée du 11 mars, l’ingénieur en chef a voulu réunir une table ronde et interroger les survivants. Le but était de faire un point précis sur la situation. En revanche, les ingénieurs et les mineurs ne voulaient pas perdre de temps en bavardages pendant que leurs camarades mouraient au fond. Cette opposition eut sa part de responsabilité dans l’ampleur des pertes humaines car les ingénieurs envoyés par l’État, piqués dans leur orgueil, adoptèrent des mesures qui furent parfois aberrantes. Ils considéraient qu’il n’était pas possible de désobstruer le puits n°3, dont le cuvelage et les installations étaient fortement abimés à la profondeur de 160 mètres. De plus, toutes les recherches qui avaient été menées à partir des puits n°2 et 4 démontraient qu’il ne restait aucun survivant dans les quartiers du n°3, les ingénieurs de l’État décidèrent de fermer le puits n°3, d’actionner les ventilateurs afin de le transformer en puits de sortie d’air. La polémique vient du fait que le grand nombre de victimes soit dû en grande partie à l’obstination de la compagnie minière à poursuivre l’exploitation dans les autres puits alors qu’au fond un incendie n’avait pas encore été complètement maîtrisé et que des fumées et gaz toxiques remplissaient encore les galeries. Mais il y aurait aussi eu probablement moins de morts si les recherches n’avaient pas été arrêtées dès le troisième jour et si une partie de la mine n’avait pas été murée, sur ordre de l’ingénieur général Delafond, pour étouffer l’incendie et préserver le gisement.

La gestion de la crise par la compagnie minière fut particulièrement mal vécue par les mineurs et par leurs familles. La compagnie fut accusée d’avoir fait passer la sécurité des mineurs après la protection des infrastructures en particulier en prenant la décision de murer les galeries et d’inverser l’aérage pour extraire la fumée et étouffer l’incendie au lieu de faciliter le travail des sauveteurs en leur envoyant de l’air frais. De plus, les trois premiers jours, les corps extraits de la mine ne furent pas présentés aux familles pour identification. Quand celle-ci devint possible, elle ne fut ouverte qu’un seul jour : les familles durent ainsi passer en une journée devant les mille corps pour identifier leurs proches. Aucun responsable de la mine, ni aucun fonctionnaire ne donna non plus d’informations aux familles. Enfin, les veuves furent chassées des corons.
Le 12 mars, à une heure du matin, le plan est mis en œuvre, les orifices du puits sont fermés et les ventilateurs du puits n°3 sont redémarrés pour en faire sortir l’air. À l’inverse, les ventilateurs sont stoppés sur les puits n°2 et 4. Ils deviennent ainsi des entrées d’air. Le puits n°4 est fermé.
À 9 heures, une équipe de 25 mineurs allemands volontaires (de la ‘Zeche Shamrock’ à Herne et de la ‘Zeche Rheinelbe’ à Gelsenkirchen) arrive pour aider dans les secours : ils sont équipés de masques à oxygène, éléments que ne possèdent pas les sauveteurs français. Lorsque les sauveteurs allemands arrivent, les recherches sont déjà abandonnées. De plus, ils sont accueillis avec hostilité alors que se déroule la crise franco-allemande au Maroc. Avec leurs masques, ils avancent dans la fumée mais ne ramènent que de nombreux cadavres.
Le lendemain, c’est sous une tempête de neige que se déroulent les obsèques officielles. À cause des flammes, un grand nombre de mineurs ne pourront jamais être identifiés. Pour éviter les épidémies, les corps sont ensevelis dans une fosse commune, appelée le silo6. La cérémonie se déroule à la va-vite ce qui provoque colère et amertume chez les familles. L’ingénieur en chef et le directeur de la compagnie furent tellement hués par la foule qu’ils durent quitter le cimetière.

Les 13 rescapés
Le 14 mars, un nouveau bilan est établi : on dénombre 429 morts à la fosse n°3, 506 morts à la fosse n°4 et 162 morts à la fosse n°2.
Le 15 mars, les sauveteurs doivent se décider à stopper les recherches à cause d’un incendie qui s’est déclenché dans les galeries. Ils ne trouvèrent que des cadavres ce jour-là.
La colère puis la révolte montèrent dans le bassin minier. Les mineurs se mirent en grève pour exiger de meilleures conditions de travail. 40 000 ouvriers étaient dénombrés dans ce mouvement à la fin du mois de mars. La visite effectuée par le ministre de l’intérieur Georges Clemenceau et l’arrivée de 20 000 militaires n’ont pas réussi à calmer la situation, bien au contraire.
On commença à se demander si les ingénieurs de l’État n’avaient pas fait une erreur en considérant qu’il n’y avait plus de survivants au fond seulement trois jours après la catastrophe. D’autres rescapés auraient peut-être pu être retrouvés. Jean Jaurès, dans L’Humanité, alla jusqu’à poser cette question : « Et serait-il vrai que, par une funeste erreur, ceux qui dirigeaient les sauvetages, croyant qu’il n’y avait plus en effet d’existence humaine à sauver, se sont préoccupés plus de la mine que des hommes ? »

Le 30 mars, soit vingt jours après l’explosion, treize rescapés réussirent à retrouver le puits par leurs propres moyens après avoir erré dans le noir total sur des kilomètres. Ils furent aperçus par un ouvrier sauveteur à proximité de l’accrochage dans le puits n° 2. Une équipe descendit et trouva 13 hommes faisant des gestes désespérés dans l’obscurité. Les mineurs ont raconté avoir mangé le peu qu’ils trouvaient, y compris de l’avoine et un cheval qu’ils ont abattu à coups de pic.
Les treize rescapés sont Léon Boursier (19 ans), Louis Castel (22 ans), Honoré Couplet (20 ans), César Danglot (27 ans), Albert Dubois (17 ans), Élie Lefebvre (38 ans), Victor Martin (14 ans), Henri Neny (39 ans), Romain Noiret (33 ans), Charles Pruvost (40 ans) et son fils Anselme Pruvost (15 ans), Vanoudenhove Léon (18 ans) et Henri Wattiez (27 ans)
Le dernier survivant des treize rescapés de la catastrophe était Honoré Couplet. Il est décédé en 1977 à l’âge de 91 ans. Parmi les rescapés deux d’entre eux continuèrent à travailler à la mine durant quarante-deux et quarante-cinq ans, étant donné que c’était leur seul gagne-pain
Un quatorzième survivant, Auguste Berthou, mineur à la fosse n° 4 de Sallaumines, fut retrouvé le 4 avril, grâce aux secouristes allemands qui avaient apporté des appareils respiratoires qui faisaient cruellement défaut aux compagnies minières locales. Il avait erré durant 24 jours à plus de 300 mètres de profondeur, dans le noir complet et les fumées toxiques. Il fut remonté par le puits n° 4.

L’émotion qui s’ensuivit, et la polémique sur la gestion des secours, sont à l’origine d’un vaste mouvement de grève. Le 13 mars, lors des obsèques des premières victimes, à la fosse commune de Billy-Montigny, sous une tempête de neige, en présence de 15 000 personnes, le directeur de la compagnie est accueilli par des huées et des « assassins ! » et doit rapidement partir ; la foule scande « Vive la révolution ! Vive la grève ! ». Le lendemain, les mineurs refusent de redescendre au fond. Les syndicats appellent à une grève qui s’étend aux puits environnants. Le mouvement s’étend à tous les bassins miniers français et se développe jusque dans le Borinage, en Belgique. Le 16 mars, 25 000 ouvriers sont en grève, chiffre qui monte même à 60 000. Les incidents se multiplient entre grévistes et non-grévistes, mais aussi entre les partisans du « Vieux Syndicat » mené par Émile Basly et le « Jeune Syndicat », affilié à la CGT et mené par Benoît Broutchoux. Face aux mineurs en colère, Georges Clemenceau, alors ministre de l’Intérieur, mobilise 30 000 gendarmes et soldats et envoie treize trains de renforts militaires. De nombreuses arrestations ont eu lieu.
La colère des mineurs est renforcée par la découverte tardive de rescapés. Les secours ont manifestement été abandonnés trop tôt et la Compagnie de Courrières est accusée de vouloir enterrer vivantes les victimes. La grève se durcit et un officier de l’armée est tué le 23 avril. À la fin du mois, malgré la répression et le manque d’argent des familles des mineurs, le patronat concède des augmentations de salaires. Le travail reprend début mai.
Cette catastrophe a suscité un élan de générosité sans précédent en France et en Europe et 6,5 millions de francs-or sont collectés. La compagnie minière elle-même donne 2,2 millions de francs aux ayants droit et verse des rentes annuelles de l’ordre de 500 000 francs aux familles.
La catastrophe provoqua une crise politique et un mouvement social qui déboucha sur l’instauration du repos hebdomadaire. Elle donne aussi le coup de départ de l’immigration dans le Nord-Pas-de-Calais. Environ 900 mineurs kabyles sont recensés dès 1910 par la commission d’enquête d’Octave Dupont et ils travaillent pour la Compagnie des mines de Courrières. La Compagnie des mines d’Anzin lui emboîte le pas, et recrute des jeunes célibataires ou venant sans leur famille. Une enquête réalisée en 1914 décompte 1500 kabyles employés dans les mines de charbon du Nord-Pas-de-Calais.
Après la catastrophe, la langue française s’est enrichie d’un mot nouveau d’origine picarde : rescapé, largement repris dans la presse, et qui supplanta réchappé.

À la suite d’une catastrophe d’une telle ampleur, une légitime exigence de « plus jamais ça » s’est imposée. Des études ont donc été conduites pour analyser ce qui s’était passé et mettre au point des méthodes permettant de diminuer le risque, et, plus encore, sa gravité.
L’analyse a montré que trois facteurs avaient causé la catastrophe. Le premier est un « coup de grisou », l’explosion d’une masse d’air mélangée de grisou, gaz naturel associé au charbon et essentiellement composé de méthane. Ce gaz est dissous dans le charbon et les roches encaissantes (des schistes et des grès), mais s’en échappe du fait que la pression est bien moindre dans l’air des galeries que dans les roches. La fracturation des roches, naturelle ou induite par le foudroyage, facilite ce dégazage. Le deuxième facteur est l’inflammabilité des poussières de charbon. Le souffle brûlant du coup de grisou les met en suspension dans l’air et les consume instantanément, ce qui renforce l’explosion qui peut ainsi se propager, littéralement comme une trainée de poudre. C’est le « coup de poussier ». Le troisième facteur est l’absence d’obstacle qui pourrait empêcher l’explosion de se propager indéfiniment dans les galeries et les puits.
Depuis bien longtemps, le risque de coup de grisou est prévenu par une aération suffisamment importante pour que la teneur du grisou dans l’air n’atteigne jamais les teneurs dangereuses de 6 à 12 %. Cette précaution n’est pas infaillible car le débit des émanations de grisou peut varier de manière imprévisible. Le risque de coup de poussier est difficile à prévenir car la poussière de charbon est omniprésente dans la mine, et parce que l’aération, qui dilue et emporte le grisou, dessèche aussi ces poussières. Les parades sont, d’une part l’arrosage, et d’autre part l’ajout à la poussière de charbon de poussière ininflammable, comme la poussière de roche. L’énormité de la catastrophe de Courrières s’explique par la propagation indéfinie de l’explosion, 110 km de galeries ravagées, rappelons-le. Ce risque ne faisait alors l’objet d’aucune prévention. Les études menées ensuite portèrent donc notamment sur cet aspect, et aboutirent aux arrêts barrages, ou taffanels, du nom de leur inventeur Jacques Taffanel. Ces arrêts barrages consistent en une sorte de faux plafond en planches sur lequel sont posés des auges remplies d’eau, de plâtre ou de poussières ininfammables, et sont généralement associés à une cloison bouchant la galerie, une porte normalement fermée permettant néanmoins le passage. Le but de cette cloison n’est pas d’arrêter un éventuel coup de poussier, mais plutôt de concentrer son souffle sur les auges pour en disperser le contenu dans un grand volume d’air qui, lui, fera bouchon en privant l’explosion de nouveau combustible. Disposés le long des galeries, ces dispositifs se sont révélés efficaces, puisqu’aucune catastrophe n’a atteint depuis, et de loin, l’ampleur de celle de Courrières.
À partir de cette époque, les lampes à feu nu sont bannies au profit des lampes dites de sûreté (lampes Davy). En 1907, le premier poste central de secours du bassin Nord-Pas-de-Calais est créé à Liévin (il sera transféré à Éleu-dit-Leauwette après sa destruction pendant la Première Guerre mondiale). On y forme des équipes spécialisées de sauveteurs. Des travaux d’études sur les risques dus au grisou et aux poussières, seront entrepris par une suite d’ingénieurs, tous issus de l’École Polytechnique, tout d’abord dans le laboratoire créé à Liévin en 1907 par le savant Jules Taffanel, puis après la Première Guerre mondiale à la station d’essais de Montluçon de son successeur, le savant Étienne Audibert qui créera à son tour le CERCHAR (Centre d’Études et de Recherche des Charbonnages) à Verneuil en Halatte en 1947, lequel sera dirigé successivement par le professeur Raymond Chéradame (1954-1972), le mathématicien Georges Edouard Delannoy (1972-1981), P. Foch (1981-1990) avant de devenir l’INERIS en 1990. En 1910, apparait le marteau-piqueur qui augmente le rendement, mais aussi la quantité de poussières, avec les risques d’explosion et de maladies (silicose et pneumoconiose) qui en découlent…L’accident fit officiellement 1 099 morts sur près de 1 800 mineurs descendus ce jour-là, mais le bilan réel est probablement supérieur en raison de la présence de travailleurs « irréguliers » dont le décès n’a pas été imputé à cet accident. Pris au piège, la plupart des ouvriers sont morts asphyxiés ou brûlés par les nuées ardentes de gaz toxiques. En fin de journée, seulement 576 mineurs étaient parvenus à s’échapper de la catastrophe. À ce bilan doit encore être ajouté le décès d’au moins seize sauveteurs qui interviennent dans des conditions de sécurité et d’hygiène précaires.
 Source : http://fiftizpourtoujours.soforums.com/index.php

Perspectives du Charbon en France – Rapport confidentiel 1981

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C O N F I D E N T I E L
Référence : AB/236
Reçu aux : Houillères Centre Midi – le : 1 juil 1981

[Rapport de monsieur Jacques PETITMENGIN,
Directeur Général des Charbonnages de France.]
à
Monsieur Pierre DREYFUS
Ministre de l’Industrie,
101, rue de Grenelle,
75007 – Paris

Monsieur Le Ministre,

Le Président de la République et le Gouvernement entendent faire jouer un rôle croissant dans la nouvelle politique énergétique de notre pays. Au moment où vous prenez la charge du Ministère de l’Industrie, assumant de ce fait la tutelle des Charbonnages de France, je voudrais attendrais attirer votre attention sur les problèmes de cette entreprise que je j’estime essentiels. Je me permets, compte tenu de votre passé charbonnier et de votre grande expérience industrielle, de vous les exposer sans détour.

Trois problèmes concernant le charbon proprement dit :
– l’inadaptation des structures du groupe à un comportement vraiment industriel
– le niveau de la production de charbon en France et les relations financières des Charbonnages avec l’Etat.
– le rôle des Charbonnages dans le développement d’une production française de charbon à l’étranger, et dans la commercialisation de ce charbon.

I/ – J’avais rédigé fin décembre un note pour André Giraud [prédécesseur de P. Dreyfus],  résumant la situation des Charbonnages de France telle que je la voyais trois mois après ma prise de fonction. Je vous la transmets, ci-joint sans la modifier. Si le changement d’orientation politique du pays, et notamment le rôle accru envisagé pour les entreprises publiques, sont susceptibles de modifier l’ambiance des relations de celles-ci avec leur autorité de tutelle et avec les organisations syndicales, les défauts de structure des Charbonnages n’en subsisteront pas moins (en particulier l’existence de 4 établissements publics sans véritable lien hiérarchique et les modalités paralysantes de leur contrôle à priori par l’Etat) ralentissant à l’extrême toute prise de décision, et rendant la gestion du groupe d’une lourdeur difficilement admissible.

Pour remédier à ces défauts, j’avais proposé en mars dernier au Ministère de l’Industrie de transformer les Houillères de Bassin en Sociétés anonymes de droit commun, filiales à 100% de l’Établissement Public « Charbonnages de France », qui auraient été chargées de l’exploitation des mines de charbon et de leurs annexes ; cette réforme me paraissait concilier une décentralisation réelle avec l’accroissement de cohésion qu’impose la rénovation de notre industrie charbonnière. Sur le plan commercial, une filiale des Charbonnages de France, des Houillères de Bassin et de CdF-International aurait assuré la vente à la commission des charbons de toutes provenances, respectant l’autonomie des établissements producteurs tout en garantissant une politique et une action commerciale unitaires. Enfin le contrôle par l’État aurait été modernisé en adoptant , par exemple, des procédures du type de celles en vigueur à CdF-Chimie.

D’autres modalités sont bien entendu envisageables ; mais des décisions s’imposent à très bref délais, notamment en ce qui concerne notre organisation commerciale incapable aujourd’hui de jouer le rôle essentiel qui devrait lui revenir dans la reconquête de la clientèle au profit du charbon, spécialement dans l’industrie et les chaufferies collectives.

II / – Des chiffres très divergents ont été avancés pour les objectifs de production annuelle nationale du charbon à retenir; allant de 10 Mt à 45 Mt, voire 70 Mt/an. Les orientations que j’avais données aux réflexions des responsables de l’entreprise visaient en 1990 la fourchette haute des travaux de la Commission de l’Énergie du VIIIème Plan, soit 15 Mt/an. Cette production paraissait réalisable sans augmentation de l’aide de l’État dans le scénario énergétique rose [voir tableau en annexe], et avec une réduction sensible (plus de la moitié) dans le cas du scénario gris [voir tableau en annexe], le plus probable aujourd’hui.

J’ai fait sommairement chiffrer deux autres hypothèses à production croissante : 18 Mt et 21 Mt/an. Les résultats en sont joints en annexe (dans les conditions actuelles de durée du travail [c.à.dire pas encore les 35 heures] et sans revalorisation relative des salaires des mineurs).

Ils font apparaître le coût élevé pour la collectivité des tonnages supplémentaires produits : l’aide de l’État pour les derniers 3 Mt devraient atteindre 45% du prix de vente dans le scénario gris, et près de 75% dans le scénario rose.

Quant à l’hypothèse atteignant 30 Mt/an, elle me parait techniquement irréalisable à partir des gisements français actuellement reconnus, à moins de reprendre des exploitations abandonnées depuis des années à cause de leur coût social et humain. En particulier, nul n’a le droit d’oublier le lourd tribu payé par les mineurs à la silicose. malgré les efforts de recherche et de prévention inlassablement poursuivis, cette maladie reste un fléau dans certains bassins ;la reprise de l’embauche devrait y être précédée d’une réflexion approfondie sur les risques encourus. De plus, l’accélération de l’exploitation de gisements en voie d’épuisement, et l’accroissement correspondant du personnel, mettraient au bout de quelques années les Charbonnages de France devant un problème de sureffectifs insoluble.

Enfin, la France fait partie de la Communauté Économique Européenne. Si les réserves techniquement et économiquement exploitables de notre pays sont faibles (de l’ordre de 500 Millions de tonnes, chiffre que l’expertise en cours ne parait pas devoir remettre en cause), celles d’autres partenaires (évaluées dans les mêmes conditions) sont très importantes : 25 milliards de tonnes en R.F.A., 45 milliards de tonnes pour la Grande-Bretagne. Développer à tout prix des ressources non compétitives face à celles de nos voisins mettrait durablement l’économie française en état d’infériorité.

Ayant toujours travaillé dans le secteur public, je suis profondément convaincu que les entreprises nationales, au prix d’efforts sans doute plus difficiles, peuvent faire aussi bien que les entreprises privées, à conditions d’avoir pour leur gestion, une liberté d’action suffisante et des objectifs contraignants, indiscutables et fixés pour une longue période. Dans le cas du charbon, produit banal largement disponible dans le monde, je pense que cette référence ne peut qu’être étroitement liée au marché international. Le recours systématique au contribuable pour combler des pertes d’exploitation, solution de facilité dont l’effet démobilisateur a été si évident aux Charbonnages, devrait être réservé à la solution de problèmes de transition particulièrement difficiles.

III/ En tout état de cause, la France restera fortement importatrice de charbon. Le chiffre de 25 Mt/an vers 1990 recoupe beaucoup d’estimations. Plus tard, compte tenu de la médiocrité des réserves de notre sous-sol, les importations de charbon iront inéluctablement croissant. Plutôt que de rester dépendant des fluctuations du marché international, il est indispensable de développer à l’étranger des ressources appartenant à des intérêts français, à la manière de ce qu’on fait de façon si remarquable les Groupes TOTAL et ELF-AQUITAINE [aujourd’hui fusionnés] dans le domaine du pétrole.

La France n’a pas su profiter d’une conjoncture exceptionnelle il y a une dizaine d’année, qui a permis aux principaux groupes pétroliers internationaux, plus prévoyants, d’acquérir aux moindres frais, d’immense réserves charbonnières à travers le monde. Depuis 6 ans, les Charbonnages de France ont amorcé une politique de prises de participation à l’étranger, qu’il faudrait développer pour atteindre par exemple en 1990 un production contrôlée à l’étranger d’une vingtaine de millions de tonnes par an, dont la moitié environ serait vendue en France en complément de la production du pays – permettant aux Charbonnages de France le contrôle de leur marché national qu’ils ont perdu avec l’effondrement de leur production et de leurs ventes – et l’autre moitié serait écoulée sur le marché international pour assurer à notre économie charbonnière le maximum de souplesse.

Une telle politique aurait, en outre, l’immense avantage « d’aérer » les Charbonnages de France, en obligeant leurs techniciens à se mesurer à leurs confrères étrangers dans un contexte très concurrentiel, tout en renforçant leur expérience et leur compétence.

Mais elle nécessite l’aval et le soutient des pouvoirs publics, notamment au plan financier, compte tenu des investissements qu’elle comporte. En outre, le placement en France, par les Charbonnages de tonnages importés impliquant souvent des accords à long terme, ne peut se faire qu’en accord étroit avec l’ATIC, et nécessite la bonne volonté des consommateurs, au premier rang desquels l’EDF.

Dans période très difficile que nous traversons, il est indispensable que chacun, au poste où il se trouve, adhère aux objectifs qui lui sont fixés, et puisse consacrer toute son énergie pour les atteindre.

Je souhaite donc, pour l’efficacité de l’outil qui m’est actuellement confié, que le débat énergétique prévu au Parlement cet automne et ses travaux préparatoires puissent conduire à des solutions précises aux trois problèmes ci-dessus.

En ce qui concerne les filiales de Charbonnages de France, le problème essentiel restant en suspens est celui du financement de CdF-Chimie* , qui n’a pas trouvé de solution au cours des sept dernières années.
[* devenue Orkem, puis racheté en 1990 par Total…]

Cette Société a pu, grâce à la foi et au dynamisme de tout son personnel, devenir en dix ans, la 2ème société chimique française en multipliant par 3 son volume d’activité ; elle traverse actuellement une période difficile dont la cause principale est le lancement en 1975, à la demande expresse des Pouvoirs Publics, et malgré les réserves du Directoire, de la construction du complexe pétrochimique de COPENOR [société créée le 01/01/1980] à Dunkerque en association avec l’Etat du Quatar, sans qu’il ait été assuré au préalable un financement normal comportant une part raisonnable de fonds propres apportés par l’actionnaire principal. Or, CdF-Chimie n’a reçu depuis 1973 aucune dotation en capital autre que celle nécessitée par l’assainissement de l’APC lors de son rapport par l’EMC.

Le Directoire de CdF-Chimie vient de soumettre a ses actionnaires et aux autorités de tutelle un « Livre Blanc » précisant les objectifs qui pourraient être assignés à l’entreprise, et les moyens nécessaires pour les atteindre. Il est indispensable que le Gouvernement prenne rapidement position sur ce problème compte tenu des négociations en cours avec le Qatar pour résoudre les difficultés de COPENOR.

Je suis à votre disposition pour vous apporter, sur ces différents points, les précisions que vous jugerez nécessaires.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération.

J. PETITMENGIN,
Directeur Général des Charbonnages de France.

ANNEXE …

Estimation des conséquences financières
de 3 hypothèses de production nationale en 1990
_________________________________

Produc |  Investissements |  Personnel    | Déficit d’exploitation annuel
-tion    | supplémentaires | Supplément  | Scénario Rose  | Scénario gris
1990      (milliards F)                                   | Total |F/T|F/T| Total| F/T| F/T
                                                                      Milliards|moy|T+| Millia |moy| T+
15     |                                    |                       |  1,8    |120| 120 |  0,7    | 47  |   47
18    |         1                          |   6 000         | 2,35  | 136|220 |   1,1    |  61 |  133
21    |         3                          | 14 000         | 3,35  | 160|300 |  1,8    | 86 | 233
Valorisation du charbon supplémentaire                   |410  |           |       | 520

P.S. Les termes entre crochets […] et soulignés en rouge sont le fait de l’éditeur.

CERCHAR, Centre de Recherche des Charbonnages de France

Cerchar Immeuble
C E R C H A R

          Centre d’Etudes et de Recherche
des CHARbonnages de France

~~~~~~

1947 – Création du CERCHAR
1947 – 1954 Etienne AUDIBERT X07
1954 – 1972 Raymond CHERADAME X25
1972 – 1981 Georges DELANNOY X42
1981 – 1990 P. FOCH
1990 – le CERCHAR devient INERIS

§

SOMMAIRE

I       25 ans d’évolution : origines et fonctions du Cerchar

1947 : sécurité et production du charbon
1960 : sécurité et modernisation des mines
et industries annexes
1969 : l’expérience acquise mise au service de l’industrie
_____________________________________________

II      Fonctionnement du Cerchar :
effectifs, importance des installations,
souplesse de l’organisation

1/ la direction
2/ les laboratoires
3/ les effectifs
4/ les chapitres budgétaires
5/ les relations extérieures
6/ le traitement de l’information
_______________________________________________

III    Moyens du Cerchar : polyvalence et complémentarité

1/ les services techniques
2/ les secteurs d’activité, les groupe de recherche
3/ exemple d’utilisation : le groupe nuisance
________________________________________________

IV     Caractéristiques du Cerchar : la pratique industrielle

1/ champs d’action
2/ moyens techniques – leur utilisation
3/ création des matériels
4/ protection des résultats
________________________________________________

V      Efficacité du Cerchar : les résultats obtenus

1/ recherches fondamentales orientées
2/ matériels
3/ procédés
4/ méthodes
________________________________________________

VI      Le Cherchar au service de l’industrie :

Cerchar – Industrie
________________________________________________

ORGANIGRAMME DU CERCHAR – Janvier 1972
____________

DIRECTION

Directeur :
G. DELANNOY, Ing. E.P.

Adjoint au directeur et Relations avec les communautés européennes
Ph. DULONG, Ing. civ. de la Métallurgie et des Mines.

Programmes
P. JACQUEMIN, Ing. civ. de la Métallurgie et des Mines.

Administration et Finances
Y. LE CAE, Lic. en Droit.

Documentation
J. MOUNIER, Ing. ECP.

à Verneuil :

Conseiller scientifique
A.-F. BOYER, Ing. ENSIC, Dr. Ing.

Contrôle des activités de recherche
M. de VERGERON Ing. civ. des Mines.

Utilisation et Station Expérimentale de Marienau
G. TISSANDIER Ing. civ. des Mines.

CdF Chimie
J. DEDUIT, Ing. ENSCP, Dr és-Sciences.

Service commercial
A. MILLERS, dipl. HEC, Lic. en Droit.

Commercialisation des matériels
J. CAUBEL, Ing. des Mines.

Commercialisation des services
J. ROUQUAIROL, Ing. INSA Lyon.

Charbon, technique du Lit Fluidisé

Gardanne lit fluidise
.
En 1977, la
NATIONAL ACADEMY OF SCIENCES,
et la
NATIONAL ACADEMY OF ENGINEERING
affirmaient haut et fort :

« Les REJETS SOLIDES de l’industrie des Houillères de France (Cendres volantes et schistes) ont fait l’objet ces dernières années en FRANCE d’un effort particulier de recherche scientifique et appliquée, suivi d’une PROSPECTION COMMERCIALE active pour développer leur utilisation :

– ADDITIONS AU BÉTON,
– FABRICATION DE GRANULATS,
– FABRICATION DE BRIQUES, etc.

Les recherches pour recycler et valoriser ces REJETS SOLIDES commencent à porter leurs fruits et LES PERSPECTIVES DE COMMERCIALISATION SONT TRÈS PROMETTEUSES. »

Mais le gouvernement français de l’époque, cédant déjà aux dictats de l’Europe et des USA en décidèrent autrement, soit :
La mise à mort des Charbonnages de France (1945 – † 2009)

Photo : La centrale thermique de Gardanne (13120) utilisant les dernières techniques dites Lit Fluidisé.

Réf. VALORISATION DES REJETS SOLIDES DE L’INDUSTRIE HOUILLERE
Article publié par national-academies.org

Je suis mort, mais parle encore … de charbon français ?

Georges Edouard Delannoy

Amis internautes bonjour,

Je m’appelle Georges Édouard Delannoy,
je suis né le 26.05.1922 à Alger, FRANCE.

Ancien élève de l’École Polytechnique (X42 Rouge),
j’ai fait toute ma carrière aux Charbonnages de France
depuis le poste d’ingénieur du Fond
jusqu’à celui de directeur général des H.B.C.M.

Je suis mort à Paris le 19.11.2011,
mais j’ai encore des propos à publier sur

LE CHARBON FRANÇAIS

C’est l’objectif de ce blog.

P.S. Je dois tout à mes professeurs de l’École Polytechnique
et ne dois rien à l’État français auquel j’ai remboursé
les frais de mes études jusqu’au dernier centime
😉

Sources techniques

Wikipédia / Houille
Trid.trb

Sources biographiques

Who’s Who
Wikipédia
Très Riches Heures de la Maison DeLannoy de France
Association des anciens élèves de l’Ecole Polytechnique