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Perspectives du Charbon en France – Rapport confidentiel 1981

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C O N F I D E N T I E L
Référence : AB/236
Reçu aux : Houillères Centre Midi – le : 1 juil 1981

[Rapport de monsieur Jacques PETITMENGIN,
Directeur Général des Charbonnages de France.]
à
Monsieur Pierre DREYFUS
Ministre de l’Industrie,
101, rue de Grenelle,
75007 – Paris

Monsieur Le Ministre,

Le Président de la République et le Gouvernement entendent faire jouer un rôle croissant dans la nouvelle politique énergétique de notre pays. Au moment où vous prenez la charge du Ministère de l’Industrie, assumant de ce fait la tutelle des Charbonnages de France, je voudrais attendrais attirer votre attention sur les problèmes de cette entreprise que je j’estime essentiels. Je me permets, compte tenu de votre passé charbonnier et de votre grande expérience industrielle, de vous les exposer sans détour.

Trois problèmes concernant le charbon proprement dit :
– l’inadaptation des structures du groupe à un comportement vraiment industriel
– le niveau de la production de charbon en France et les relations financières des Charbonnages avec l’Etat.
– le rôle des Charbonnages dans le développement d’une production française de charbon à l’étranger, et dans la commercialisation de ce charbon.

I/ – J’avais rédigé fin décembre un note pour André Giraud [prédécesseur de P. Dreyfus],  résumant la situation des Charbonnages de France telle que je la voyais trois mois après ma prise de fonction. Je vous la transmets, ci-joint sans la modifier. Si le changement d’orientation politique du pays, et notamment le rôle accru envisagé pour les entreprises publiques, sont susceptibles de modifier l’ambiance des relations de celles-ci avec leur autorité de tutelle et avec les organisations syndicales, les défauts de structure des Charbonnages n’en subsisteront pas moins (en particulier l’existence de 4 établissements publics sans véritable lien hiérarchique et les modalités paralysantes de leur contrôle à priori par l’Etat) ralentissant à l’extrême toute prise de décision, et rendant la gestion du groupe d’une lourdeur difficilement admissible.

Pour remédier à ces défauts, j’avais proposé en mars dernier au Ministère de l’Industrie de transformer les Houillères de Bassin en Sociétés anonymes de droit commun, filiales à 100% de l’Établissement Public « Charbonnages de France », qui auraient été chargées de l’exploitation des mines de charbon et de leurs annexes ; cette réforme me paraissait concilier une décentralisation réelle avec l’accroissement de cohésion qu’impose la rénovation de notre industrie charbonnière. Sur le plan commercial, une filiale des Charbonnages de France, des Houillères de Bassin et de CdF-International aurait assuré la vente à la commission des charbons de toutes provenances, respectant l’autonomie des établissements producteurs tout en garantissant une politique et une action commerciale unitaires. Enfin le contrôle par l’État aurait été modernisé en adoptant , par exemple, des procédures du type de celles en vigueur à CdF-Chimie.

D’autres modalités sont bien entendu envisageables ; mais des décisions s’imposent à très bref délais, notamment en ce qui concerne notre organisation commerciale incapable aujourd’hui de jouer le rôle essentiel qui devrait lui revenir dans la reconquête de la clientèle au profit du charbon, spécialement dans l’industrie et les chaufferies collectives.

II / – Des chiffres très divergents ont été avancés pour les objectifs de production annuelle nationale du charbon à retenir; allant de 10 Mt à 45 Mt, voire 70 Mt/an. Les orientations que j’avais données aux réflexions des responsables de l’entreprise visaient en 1990 la fourchette haute des travaux de la Commission de l’Énergie du VIIIème Plan, soit 15 Mt/an. Cette production paraissait réalisable sans augmentation de l’aide de l’État dans le scénario énergétique rose [voir tableau en annexe], et avec une réduction sensible (plus de la moitié) dans le cas du scénario gris [voir tableau en annexe], le plus probable aujourd’hui.

J’ai fait sommairement chiffrer deux autres hypothèses à production croissante : 18 Mt et 21 Mt/an. Les résultats en sont joints en annexe (dans les conditions actuelles de durée du travail [c.à.dire pas encore les 35 heures] et sans revalorisation relative des salaires des mineurs).

Ils font apparaître le coût élevé pour la collectivité des tonnages supplémentaires produits : l’aide de l’État pour les derniers 3 Mt devraient atteindre 45% du prix de vente dans le scénario gris, et près de 75% dans le scénario rose.

Quant à l’hypothèse atteignant 30 Mt/an, elle me parait techniquement irréalisable à partir des gisements français actuellement reconnus, à moins de reprendre des exploitations abandonnées depuis des années à cause de leur coût social et humain. En particulier, nul n’a le droit d’oublier le lourd tribu payé par les mineurs à la silicose. malgré les efforts de recherche et de prévention inlassablement poursuivis, cette maladie reste un fléau dans certains bassins ;la reprise de l’embauche devrait y être précédée d’une réflexion approfondie sur les risques encourus. De plus, l’accélération de l’exploitation de gisements en voie d’épuisement, et l’accroissement correspondant du personnel, mettraient au bout de quelques années les Charbonnages de France devant un problème de sureffectifs insoluble.

Enfin, la France fait partie de la Communauté Économique Européenne. Si les réserves techniquement et économiquement exploitables de notre pays sont faibles (de l’ordre de 500 Millions de tonnes, chiffre que l’expertise en cours ne parait pas devoir remettre en cause), celles d’autres partenaires (évaluées dans les mêmes conditions) sont très importantes : 25 milliards de tonnes en R.F.A., 45 milliards de tonnes pour la Grande-Bretagne. Développer à tout prix des ressources non compétitives face à celles de nos voisins mettrait durablement l’économie française en état d’infériorité.

Ayant toujours travaillé dans le secteur public, je suis profondément convaincu que les entreprises nationales, au prix d’efforts sans doute plus difficiles, peuvent faire aussi bien que les entreprises privées, à conditions d’avoir pour leur gestion, une liberté d’action suffisante et des objectifs contraignants, indiscutables et fixés pour une longue période. Dans le cas du charbon, produit banal largement disponible dans le monde, je pense que cette référence ne peut qu’être étroitement liée au marché international. Le recours systématique au contribuable pour combler des pertes d’exploitation, solution de facilité dont l’effet démobilisateur a été si évident aux Charbonnages, devrait être réservé à la solution de problèmes de transition particulièrement difficiles.

III/ En tout état de cause, la France restera fortement importatrice de charbon. Le chiffre de 25 Mt/an vers 1990 recoupe beaucoup d’estimations. Plus tard, compte tenu de la médiocrité des réserves de notre sous-sol, les importations de charbon iront inéluctablement croissant. Plutôt que de rester dépendant des fluctuations du marché international, il est indispensable de développer à l’étranger des ressources appartenant à des intérêts français, à la manière de ce qu’on fait de façon si remarquable les Groupes TOTAL et ELF-AQUITAINE [aujourd’hui fusionnés] dans le domaine du pétrole.

La France n’a pas su profiter d’une conjoncture exceptionnelle il y a une dizaine d’année, qui a permis aux principaux groupes pétroliers internationaux, plus prévoyants, d’acquérir aux moindres frais, d’immense réserves charbonnières à travers le monde. Depuis 6 ans, les Charbonnages de France ont amorcé une politique de prises de participation à l’étranger, qu’il faudrait développer pour atteindre par exemple en 1990 un production contrôlée à l’étranger d’une vingtaine de millions de tonnes par an, dont la moitié environ serait vendue en France en complément de la production du pays – permettant aux Charbonnages de France le contrôle de leur marché national qu’ils ont perdu avec l’effondrement de leur production et de leurs ventes – et l’autre moitié serait écoulée sur le marché international pour assurer à notre économie charbonnière le maximum de souplesse.

Une telle politique aurait, en outre, l’immense avantage « d’aérer » les Charbonnages de France, en obligeant leurs techniciens à se mesurer à leurs confrères étrangers dans un contexte très concurrentiel, tout en renforçant leur expérience et leur compétence.

Mais elle nécessite l’aval et le soutient des pouvoirs publics, notamment au plan financier, compte tenu des investissements qu’elle comporte. En outre, le placement en France, par les Charbonnages de tonnages importés impliquant souvent des accords à long terme, ne peut se faire qu’en accord étroit avec l’ATIC, et nécessite la bonne volonté des consommateurs, au premier rang desquels l’EDF.

Dans période très difficile que nous traversons, il est indispensable que chacun, au poste où il se trouve, adhère aux objectifs qui lui sont fixés, et puisse consacrer toute son énergie pour les atteindre.

Je souhaite donc, pour l’efficacité de l’outil qui m’est actuellement confié, que le débat énergétique prévu au Parlement cet automne et ses travaux préparatoires puissent conduire à des solutions précises aux trois problèmes ci-dessus.

En ce qui concerne les filiales de Charbonnages de France, le problème essentiel restant en suspens est celui du financement de CdF-Chimie* , qui n’a pas trouvé de solution au cours des sept dernières années.
[* devenue Orkem, puis racheté en 1990 par Total…]

Cette Société a pu, grâce à la foi et au dynamisme de tout son personnel, devenir en dix ans, la 2ème société chimique française en multipliant par 3 son volume d’activité ; elle traverse actuellement une période difficile dont la cause principale est le lancement en 1975, à la demande expresse des Pouvoirs Publics, et malgré les réserves du Directoire, de la construction du complexe pétrochimique de COPENOR [société créée le 01/01/1980] à Dunkerque en association avec l’Etat du Quatar, sans qu’il ait été assuré au préalable un financement normal comportant une part raisonnable de fonds propres apportés par l’actionnaire principal. Or, CdF-Chimie n’a reçu depuis 1973 aucune dotation en capital autre que celle nécessitée par l’assainissement de l’APC lors de son rapport par l’EMC.

Le Directoire de CdF-Chimie vient de soumettre a ses actionnaires et aux autorités de tutelle un « Livre Blanc » précisant les objectifs qui pourraient être assignés à l’entreprise, et les moyens nécessaires pour les atteindre. Il est indispensable que le Gouvernement prenne rapidement position sur ce problème compte tenu des négociations en cours avec le Qatar pour résoudre les difficultés de COPENOR.

Je suis à votre disposition pour vous apporter, sur ces différents points, les précisions que vous jugerez nécessaires.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération.

J. PETITMENGIN,
Directeur Général des Charbonnages de France.

ANNEXE …

Estimation des conséquences financières
de 3 hypothèses de production nationale en 1990
_________________________________

Produc |  Investissements |  Personnel    | Déficit d’exploitation annuel
-tion    | supplémentaires | Supplément  | Scénario Rose  | Scénario gris
1990      (milliards F)                                   | Total |F/T|F/T| Total| F/T| F/T
                                                                      Milliards|moy|T+| Millia |moy| T+
15     |                                    |                       |  1,8    |120| 120 |  0,7    | 47  |   47
18    |         1                          |   6 000         | 2,35  | 136|220 |   1,1    |  61 |  133
21    |         3                          | 14 000         | 3,35  | 160|300 |  1,8    | 86 | 233
Valorisation du charbon supplémentaire                   |410  |           |       | 520

P.S. Les termes entre crochets […] et soulignés en rouge sont le fait de l’éditeur.

Charbon, technique du Lit Fluidisé

Gardanne lit fluidise
.
En 1977, la
NATIONAL ACADEMY OF SCIENCES,
et la
NATIONAL ACADEMY OF ENGINEERING
affirmaient haut et fort :

« Les REJETS SOLIDES de l’industrie des Houillères de France (Cendres volantes et schistes) ont fait l’objet ces dernières années en FRANCE d’un effort particulier de recherche scientifique et appliquée, suivi d’une PROSPECTION COMMERCIALE active pour développer leur utilisation :

– ADDITIONS AU BÉTON,
– FABRICATION DE GRANULATS,
– FABRICATION DE BRIQUES, etc.

Les recherches pour recycler et valoriser ces REJETS SOLIDES commencent à porter leurs fruits et LES PERSPECTIVES DE COMMERCIALISATION SONT TRÈS PROMETTEUSES. »

Mais le gouvernement français de l’époque, cédant déjà aux dictats de l’Europe et des USA en décidèrent autrement, soit :
La mise à mort des Charbonnages de France (1945 – † 2009)

Photo : La centrale thermique de Gardanne (13120) utilisant les dernières techniques dites Lit Fluidisé.

Réf. VALORISATION DES REJETS SOLIDES DE L’INDUSTRIE HOUILLERE
Article publié par national-academies.org

Je suis mort, mais parle encore … de charbon français ?

Georges Edouard Delannoy

Amis internautes bonjour,

Je m’appelle Georges Édouard Delannoy,
je suis né le 26.05.1922 à Alger, FRANCE.

Ancien élève de l’École Polytechnique (X42 Rouge),
j’ai fait toute ma carrière aux Charbonnages de France
depuis le poste d’ingénieur du Fond
jusqu’à celui de directeur général des H.B.C.M.

Je suis mort à Paris le 19.11.2011,
mais j’ai encore des propos à publier sur

LE CHARBON FRANÇAIS

C’est l’objectif de ce blog.

P.S. Je dois tout à mes professeurs de l’École Polytechnique
et ne dois rien à l’État français auquel j’ai remboursé
les frais de mes études jusqu’au dernier centime
😉

Sources techniques

Wikipédia / Houille
Trid.trb

Sources biographiques

Who’s Who
Wikipédia
Très Riches Heures de la Maison DeLannoy de France
Association des anciens élèves de l’Ecole Polytechnique